Qui était Saint Sidoine de Provence ?

Pour mieux comprendre le sens de la quête mystérieuse évoquée dans « La révélation de Sidoine ». Qui était donc ce Sidoine qui fait partie de la légende des Saints de Provence, ami de Marie-Madeleine et Lazare ? – Temps de lecture : 3 min.

 » A celui qui sera né aveugle et qui succèdera dans sa vingtième année et pour soixante ans, que le message divin contenu dans le front de Sidoine-l’aveugle par-delà les siècles et les océans soit protégé. Crains celui par qui l’Enfer s’ouvrira qui ne sera pas digne de le recevoir.  »

Testament de Gilles retrouvé dans le sarcophage de Sidoine (roman)
Dominique BARTE
L’héritage

Que dit la légende des Saints de Provence ?

Dans les années 42 à 47, peu de temps après la crucifixion de Jésus, les chrétiens qui se réclamaient de lui et de son enseignement sont persécutés et poursuivis par Hérode. La famille de Lazare le ressuscité en particulier… Avec ses deux sœurs, Marthe et Marie-Madeleine, avec Marie-Jacobé (qui était la sœur de Marie, mère de Jésus) et Marie-Salomé, avec Maximin, mais aussi avec les servantes Sara et Marcelle, ainsi qu’avec un certain Sidoine le miraculé, Lazare embarque sur une chaloupe sans voile ni rame. L’embarcation, poussée par les vents, s’échoue sur les rives de Marseille ou des Saintes-Maries de la Mer.

De là, chacun partira évangéliser ce nouveau territoire : Lazare et Marie-Madeleine à Marseille ; Maximin et Sidoine à Aix ; Marthe à Tarascon ; Marie-Jacobé et Marie-Salomé aux Saintes-Maries de la mer ; mais encore Sidoine à Saint-Restitut et Marie-Madeleine à Villa Latta* (nom romain de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume).

Photos : baptistère et oratoire d’Aix-en-Provence et crypte de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume


Qui était donc ce Sidoine qui quitta Jérusalem pour suivre les premiers disciples de Jésus ?

Selon les périodes et les différentes sources qui l’évoquent, il portera les noms de Cedonii (« amoto corpore Cedonii » : parchemin découvert dans le tombeau attribué à Sidoine), Chélidoine, Célidoine, Cédoine et de nos jours Sidoine.

Selon la légende provençale, il est précisé que ce Sidoine était né aveugle et vivait près de Jérusalem. Cependant, il n’y a pas de personnage prénommé ainsi qui apparaisse dans la Bible.

Pourtant, dans les textes, il est fait mention de plusieurs aveugles miraculés et on a tenté de reconnaître Sidoine. Par exemple :

1) Dans l’Evangile de Marc, ch. 8, 22-26 : Jésus rencontre un aveugle à Bethsaïda, le soigne et le renvoie chez lui discrètement.

2) Dans l’Evangile de Marc, ch. 10, 46-53 : Jésus rencontre un aveugle nommé Bartimé, à Jéricho et lui permet de recouvrir la vue (« Restitutus » : ce qui sous-entend également que Bartimé ne serait pas né aveugle).

3) Ainsi, on ne peut réellement retenir que l’aveugle décrit par Jean, ch. 9, 2-18 : à la sortie du Temple de Jérusalem, près du lac de Siloé, Jésus rencontre un mendiant aveugle-né (ch. 9, 20-21) et le guérit en appliquant sur ses yeux de la boue mélangée à sa salive.

Selon la légende provençale, Sidoine fut évêque de Saint-Restitut et d’Aix-en-Provence :

Peu de textes font référence aux premiers évêques en Gaule dès l’âge apostolique. C’est la tradition orale provençale qui nous renseigne sur le parcours de Sidoine : il aurait gagné le territoire des Tricastini pour devenir le premier évêque de Saint-Restitut, y multipliant les miracles (image ci-jointe) ; puis, il serait devenu le second évêque d’Aix après Maximin ; pour finalement, décéder à Aix et être enseveli auprès de ses amis à Villa Latta*.

Raban Maur, évêque de Mayence au IXe siècle, constate l’existence d’une première église à Saint-Maximin dans des textes extrêmement anciens, du Ve et du VIIe siècle (probablement des copies de copies d’un texte écrit par Maximin lui-même). Jacques de Voragine reprit les péripéties des Saints de Provence dans son ouvrage rédigé entre 1261 et 1266, intitulé « La Légende Dorée ».


 » Charles de Salerne, héritier du Comté de Provence, estimait que la cristallisation des légendes provençales, lentement, sur tant de siècles, devait forcément reposer sur des sédiments de vérité. Il espérait légitimer en Provence un pèlerinage disputé par l’abbaye de Vézelay.  »

Dominique BARTE
L’héritage

Pourquoi, en 1279, Charles de Salerne se lance-t-il dans une grande campagne de fouilles à Saint-Maximin ?

Les faits :

Le 13 juin 313, l’empereur Constantin promulgue l’édit de tolérance de Milan par lequel il légalise le christianisme.

Le 8 novembre 392, l’empereur Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’empire romain et interdit les autres cultes. 

Dans les années 420, Saint Jean Cassien établit sur les lieux stratégiques pour la foi, à l’emplacement même où la tradition situait les tombeaux des saints, des communautés de priants. A Saint-Maximin, il établit un prieuré de moines issus de Saint-Victor de Marseille. Un baptistère de 11 mètres de côté (identifié lors des fouilles de 1993) avait été construit à droite de la basilique. Ce groupe presbytéral, preuve de la présence d’une importante communauté chrétienne, avait déjà disparu lorsque Charles de Salerne entreprit ses recherches, pour laisser la place à une église plus vaste (XIe).

Charles de Salerne savait qu’une intense vie chrétienne s’était déroulée à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume depuis fort longtemps. Il n’y a pas de fumée sans feu, devait-il penser.

Il savait également que les chrétiens, qui croient en la résurrection des corps, ne voulaient pas se faire incinérer, aussi ce tout premier monument funéraire qu’il espérait trouver était envisageable.

En 1279, Charles de Salerne découvre enfin les sarcophages et les reliques de Sidoine qui avaient été permutées avec celles de Marie-Madeleine et qu’il distribue aux églises proches. La mâchoire est offerte au chanoine d’Aix, l’os sphénoïde (derrière les yeux) est donné à l’église de Puget-Ville et le chef reste à Saint-Maximin.

Le 21 juin 1295, avec l’appui du pape Boniface VIII, Charles II, comte de Provence, installe les Dominicains à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume et la construction de la nouvelle basilique royale débute.


Mais pourquoi Sidoine de Provence n’a-t-il plus de fête officielle ?

A partir de 1627, Saint Sidoine était fêté le 23 août.

Mais la Révolution française est passée par là ! Les églises sont pillées et les reliques éparpillées.

En 1793, les trésors de la basilique de Saint-Maximin sont jetés au sol par le Vicomte de Barras. Par chance, l’ancien sacristain Joseph Bastide parvient à récupérer le crâne de Marie-Madeleine, le Noli me Tangere, quelques reliques de Saint-Maximin et le chef de Sidoine.

Le 12 septembre 1803, Monseigneur de Cicé, archevêque d’Aix et d’Arles, ordonne la vérification des reliques des paroisses. Cependant, il n’est pas possible d’authentiquer les reliques de Sidoine, car les sceaux ont été brisés lors du sac de la basilique.

C’est grâce à la relique (sphénoïde) de Puget-Ville que le crâne put être authentifier. Un nouveau reliquaire carré offert par le Sacristain Pelissier est créé (et restauré aujourd’hui).

Les Dominicains reviennent à Saint-Maximin en 1857 après les soubresauts de la Révolution. Depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1905, l’entretien des églises incombe aux communes et aux fidèles. L’incroyable basilique de Saint-Maximin n’échappe pas à ce dispositif. Le monument historique est classé depuis 1840.

Ces Dominicains mirent les reliques qui avaient été cachées par des laïcs après le départ des Frères Prêcheurs suivant les épisodes révolutionnaires au fond d’une grande armoire. En cédant la basilique au diocèse de Fréjus-Toulon, en 1957, ils laissèrent tout l’héritage provençal qui s’y trouvait. 

La fête de Sidoine fut supprimée en 1810 car le reliquaire aixois était vide. Depuis, Sidoine de Provence n’est plus fêté que localement.

C’est en décembre 2013, que le Père Racine découvre une boîte en zinc, scellée, au fond d’un placard. En l’ouvrant deux mois plus tard, il découvre entre autres, la relique de Sidoine, qui a depuis le 21 juillet 2021 retrouvé sa place dans le reliquaire restauré.


Alors, légende ou réalité ?

Depuis le XVIIe siècle, de nombreux détracteurs, allant à l’encontre de la tradition orale, évoquent la possibilité que ces sarcophages auraient servi à ensevelir les membres d’une riche famille patricienne locale… Aujourd’hui, nous ne vivons pas à l’Antiquité avec les premiers chrétiens ; le Dieu vengeur du moyen-âge n’a pas la même emprise sur nous ; nous interrogeons nos ordinateurs pour connaître toutes les vérités (!) et il faut bien admettre que pour tous les sceptiques qui ne vibrent pas d’une foi qui n’autorise aucune question, toutes ces légendes prêtent à sourire.

Cela dit, si aujourd’hui on sait que les tombeaux que Charles de Salerne découvrit en 1279 sont datés du IIIe ou du Ve siècle, ils auraient très bien pu recevoir les illustres reliques à ce moment-là :

1) Des coffrages de dalles et un coffrage en tuiles romaine ont été retrouvés dans la crypte. Il pourrait s’agir de vestiges de sarcophages plus anciens.  (Louis Rostan, conservateur des monuments historiques, écrivit en 1886 : « un tombeau vide en briques qui existait sous l’un des sarcophages a même été détruit dans cette dernière réparation et nous avons été à temps à recueillir les grandes tuiles à rebord qui le composaient pour en assurer la conservation ; Ce tombeau pouvait bien être la sépulture primitive de l’un des saints personnages vénérés en ce lieu ». (Notice sur l’église de Saint Maximin, 3e édition, 1886)

2) Les sarcophages ne semblent pas être des cuves de remploi de ces patriciens romains car ils ont bien été réalisés à l’intention de chaque saint (Marie-Madeleine, Maximin et bien entendu Sidoine : on peut nettement l’identifier sur la face avant de la cuve)

3) Pourquoi y aurait-il une fenestella sur le tombeau attribué à Sidoine s’il s’agissait du tombeau d’un laïc ? En effet, c’est par le contact avec le corps saint que le fidèle entrait en relation avec le divin. Les pèlerins glissaient des brandea, des linges qui s’imprègnent de la virtus du saint, c’est-à-dire de sa force d’intercession auprès de Dieu.

Si certains historiens sont partagés quant à la tradition provençale, critiquée et discréditée depuis le XVIIe siècle, taxée de jolie légende, ces constatations permettent une certaine réflexion, ou pour le moins quantité de questions non encore clarifiées. Le sol de la crypte (ni celui de la grotte) n’a pas encore été fouillé en profondeur… Attendons les résultats des investigations effectuées en Juin 2021. Un jour peut-être aurons-nous de nouveaux éléments de datation… La légende a encore de beaux jours devant elle !


* Image en bandeau de présentation : Le peintre Giotto di Bondone (1266-1337) est également présent dans mon roman : L’héritage car il était pressenti par le Pape Benoît XII pour venir travailler à Avignon. La mort du peintre intervint avant le voyage.

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