La vie quotidienne des Cisterciens

Un article de : AUDREY OTTAVI*

Une brève introduction à la vie monastique. (Temps de lecture : 3 minutes)


Le choix de son nom montrait à la fois sa finesse d’esprit et ses convictions. Certes, il l’avait choisi d’après celui de l’illustre Saint Benoît de Nursie, créateur de la règle des Bénédictins (…) et sa coule restait blanche comme l’habit des moines de sa congrégation cistercienne.
D’ailleurs, on surnommait Benoît XII : le « Cardinal Blanc ».

La révélation de Sidoine – L’héritage


L’ordre Cistercien est un ordre monastique qui dérive de celui des Bénédictins. Comme ceux-ci, les moines cisterciens suivent la règle de Saint Benoît de Nursie.

Saint Benoît est né vers 480 dans la ville de Norcia (ou Nursie en français), en Italie. Il est à l’origine de l’ordre Bénédictin mais également des 72 règles dites de Saint Benoît suivies également par les cisterciens. Lors de l’écriture de ses règles, Saint Benoît n’a pas cherché l’originalité, en effet, il s’inspire des Écritures Saintes mais aussi des textes écrits par Jean Cassien, fondateur de Saint-Victor à Marseille, au IVème siècle.

L’ordre Cistercien, créé à l’abbaye de Cîteaux, fondée en 1098, prendra rapidement de l’ampleur grâce à Bernard de Clairvaux, canonisé en 1174. L’apogée de l’Ordre a lieu pendant les XIIe et XIIIe siècles mais son déclin s’enclenche au XIVe siècle, avec la peste de 1348. Il y aura de moins en moins de moines après cette épidémie. Pourtant, traversant les siècles jusqu’à aujourd’hui, les cisterciens ont résisté à l’épreuve du temps.

Principalement connus pour leur spiritualité et leur philosophie de vie, les moines sont en permanence à l’écoute de Dieu. Préconisant la paix intérieure, ils choisissent d’installer leurs abbayes dans des endroits difficiles d’accès ou reculés.

Prenons comme exemple l’une des nombreuses abbayes bien connues en France : l’Abbaye Notre-Dame de Sénanque. L’accès n’est pas aisé mais le lieu réunit tous les éléments essentiels aux cisterciens et surtout : la pierre, le bois, l’eau. Ils préconisent que pour trouver la paix intérieure, l’âme ne doit pas être distraite par le monde extérieur. C’est également selon ce principe que le style cistercien apparaît simple et sans fioritures. Les vitraux, par exemple, sont toujours transparents pour que la prière puisse monter jusqu’à Dieu sans aucun filtre.

Autre caractéristique symbolique : les acoustiques différentes qui, selon les espaces, apportent des significations diverses. Derrière des fissures volontaires sous les voutes, on a pu retrouver des vases acoustiques qui permettent d’obtenir un son d’une résonance particulière. (voir le reportage : Viens je t’emmène à Sénanque – Avril 2021)

Avec la prière, le chant grégorien est une constante de la spiritualité cistercienne. Dans l’abbatiale et dans le réfectoire, la prière et le chant doivent monter vers Dieu, la résonance dans certaines abbatiales peut aller jusqu’à 11 secondes ! Le son monte et ne redescend pas. (Gregorian chant Libera me)

Dans le dortoir, le son sera plutôt un son dit “cloche”, il y aura bien une résonance mais le son ne montera pas comme dans l’église et s’arrêtera rapidement.

Autre acoustique importante, celle de la salle du chapitre. C’est le seul endroit où les moines peuvent s’exprimer, où l’on dit que les moines ont “voix au chapitre”. Ici, le son y sera étouffé car les paroles prononcées en ce lieu doivent rester sur terre.


Comment s’organise la communauté des Cisterciens ?

Il faut d’abord faire la différence entre tous les moines qui se côtoient dans une abbaye cistercienne :

  • les moines de chœur ou moines profès sont issus de familles nobles. Ils sont en général éduqués et ils savent lire. Ils ont souvent été destinés au Clergé depuis leur enfance.
  • les moines dits « frères clercs », c’est-à-dire sachant lire le latin. Parmi les clercs certains sont ordonnés prêtres, diacres, sous-diacres ou acolytes. Ils sont tous des moines profès ;
  • les moines dits « laïcs » ne sachant pas lire (illiterati), également des moines profès ;
  • Les frères convers ou frères lais, ne font pas de vœux religieux ; ils sont souvent isolés géographiquement des autres frères ; ils portent la barbe. Ce sont les frères convers qui font le travail manuel car les moines de chœur en sont interdits selon la règle de Saint Benoît.
  • les novices, l’ordre n’acceptant pas les oblats ;
  • les infirmes, appartenant à la base à l’un des quatre groupes ci-dessus, mais ne participant pas entièrement à la vie de la communauté ;
  • des familiers attachés au monastère.

Orare et Laborare (Prier et travailler)

Cette vie ascétique est ponctuée de périodes de travail. Et il y a toujours fort à faire dans une abbaye… tandis que certains moines copient des manuscrits dans le scriptorium. (Cependant, les cisterciens ne s’y consacrent pas autant que d’autres congrégations)

Les cisterciens prient 7 à 8 fois par jour, environ toutes les trois heures.

  1. Laudes : à l’aube
  2. Prime (première heure après le levant) : après le lever du soleil
  3. Tierce (troisième heure après le levant) : à 9 heures ou avant la grande messe
  4. Sexte (sixième heure après le levant) : à midi environ
  5. None (neuvième heure après le levant) : à 15 heures environ
  6. Vêpres : (l’après-midi ou au début de soirée) : vers 17 heures
  7. Complies : le soir, avant ou après le coucher du soleil
  8. Vigiles : entre minuit et le lever du jour

Le saviez-vous ?

  • Selon la règle de Saint Benoît, les moines ont le droit de boire du vin à certaines occasions :

Chapitre 40, n°3 : “Toutefois, considérant les limites des faibles, nous pensons qu’une hémine de vin par jour suffira à chaque frère. Ceux à qui Dieu donnerait la force de s’en abstenir doivent savoir qu’ils en recevront un salaire particulier.
(Une “hémine” est une unité de mesure entre le quart et le demi-litre.)

  • Un moine cistercien doit garder le silence :

Chapitre 6, n°3 : “Savoir garder le silence est très important. C’est pourquoi, même pour dire des paroles qui sont bonnes, des paroles saintes qui aident les autres, les disciples parfaits recevront rarement la permission de parler”.

  • Les moines faisaient leur mea culpa” dans la salle du chapitre, ils admettaient leurs fautes ou la règle qu’ils n’avaient pas respectée, l’abbé choisissait alors la punition.

Aujourd’hui, nous consommons encore des produits cisterciens : les bières trappistes* (en majorité belges) sont des bières cisterciennes ! Les trappistes font partie d’une communauté cistercienne dite “de la Stricte Observance”. L’Angleterre a recommencé à faire de la bière trappiste pour la première fois en 2018, la Tynt Meadow.

Image Interwd.be – *L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.


Audrey Ottavi est guide conférencière en Provence. Elle est un membre actif de l’Association Provence Guide Interprète. A partir de Mai 2021, (espérons-le!) elle vous accueillera pour des visites en français, anglais ou italien à l’Abbaye de Sénanque, Vaucluse . Voir également cette brève présentation de l’Abbaye de Sénanque : Viens je t’emmène à Sénanque – Avril 2021, vous y découvrirez de très belles marques de tacherons et les vases acoustiques mentionnés par Audrey.

2 réflexions sur « La vie quotidienne des Cisterciens »

  1. Merci Dominique !

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    1. Merci Audrey pour cette introduction simple et claire à la vie monastique des Cisterciens d’hier et d’aujourd’hui. Je te souhaite une bonne saison à Sénanque et plein de visiteurs!

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